Drumcraft Serie 4 Jazz
Drumcraft, une nouvelle venue allemande au design recherché et aux priorités écologiques bien appréciables !
Par Laurent Bataille
Batteur Mag n°228
La petite qui fait jazzerNous parlons d’une jazzette de 18, 10, 12, 14” livrée avec caisse claire et accessoires, et si j’ai effectivement été un peu déçu en déballant la caisse de 12x4”, la grosse caisse de 18x16” ou le tom bass de 14x12” (leur préférant une 14x5”, une 18x14” et un 14x14”), j’ai vite remballé mes goûts personnels pour juger ce kit objectivement. Cette série 4 existe en quatre configurations (20” et 22” Fusion, 18” Jazz et 22” Standard). Or, pour 97,8 % des concepteurs de batteries, les tailles jazz ne sont pas vendeuses et ils sont à mille lieues de savoir ce que les jazzmen veulent. Là, on a exactement le même son qu’une standard ou une fusion, avec les mêmes peaux transparentes, mais avec des tailles plus petites. Pour de jeunes enfants (un bon point), pour les petits clubs (et de deux…), ou les petits intérieurs de particuliers (et de trois !). Mais on n’obtient absolument pas un son jazz à proprement parler. Et ce ne sont pas des tailles jazz non plus, mais des fûts rallongés pour certains (grosse caisse, toms) ou raccourcis (caisse claire, tom bass), preuve que le kit be-bop tel qu’on le connaît n’intéresse plus personne. Même dans le haut de gamme de chez Drumcraft, on ne trouve aucune config jazz traditionnelle (pas de tom bass de 14x14” sauf dans la config Signature Gottlieb, pas de 12x8” et aucune 18x14”). Mais cette batterie a justement été conçue pour dégager les mêmes impressions sonores qu’un kit Fusion, avec un peu moins de puissance (et encore) et des mensurations moins encombrantes. Mais quelle homogénéité et quelle cohérence !
Une belle philosophieCette marque allemande utilise un vernis à l’eau, un caoutchouc sans émanations toxiques, une colle appropriée sans aldéhyde formique et un bois provenant de forêts écologiquement contrôlées. Le vernis, le caoutchouc et la colle pour préserver la santé des employés, et le bois dans une démarche écologique consciente. Ces résolutions ne sont pas anodines et impliquent souvent un coût. Viennent ensuite les considérations esthétiques et technologiques : les coquilles ont été dessinées sur les principes du Bauhaus (le minimalisme engendre une beauté maximale), le beau ne devant jamais prendre le dessus sur le fonctionnel. L’une des spécificités techniques réside dans les suspensions de toms « Zero Gravity Mount » (ZGM) qui isolent le fût tel un système de type Rims® en permettant (par deux ergots vissés aux coquilles) de changer de peau sans démonter le fût et de maintenir intelligemment celui-ci lors du positionnement. Ce sont les réglages à boules qui ont été choisis, et l’attache de toms, fixée sur la grosse caisse sur cette série, dispose d’un trou dans lequel on pourra éventuellement fixer une perchette. Les cercles ne sont pas épais, les tirants viennent avec des rondelles en matière plastique et nous avons jugé les caoutchoucs des crochets de grosse caisse un peu légers. De même, si le déclencheur de timbre est superbe sur la série 8, celui de la série 4 est un peu spartiate, même s’il remplit son office en position haute ou basse. La molette de réglage étant assez fine, on peut la visser ou la dévisser à l’aide d’une clef identique à celle utilisée pour les tirants. Enfin, sur cette série 4 Jazzette, chacun des fûts dispose de 6 tirants par peau. Fermons la parenthèse pour évoquer les détails de fabrication.
Fabrication et rendu sonoreLes fûts de ces batteries sont fabriqués avec beaucoup de soin. L’intérieur est impeccable et les finitions extérieures ne montrent que des qualités. Les essences choisies pour cette série 4 sont le bouleau et le peuplier. Deux couches de bouleau (intérieur et extérieur) et quatre couches de peuplier au milieu, pour un mélange que je juge désormais idéal. Un peu de bouleau pour favoriser la projection et montrer de belles veines sous la teinte et le vernis, et du peuplier (que l’on trouve sans mal en Chine) qui montre un caractère vintage, comme on l’aime chez Batteur Mag. L’ensemble fait six plis pour 5,6 mm, ce qui reste assez fin. Les chanfreins sont taillés soigneusement à 45°, cet angle privilégiant l’attaque et une vibration maximale de la peau. Sur la série 4, les peaux sont des Remo UK fabriquées en Chine. Transparentes pour les fûts et la frappe de la grosse caisse (avec un muffler pour celle-ci), blanches pour la résonance de la grosse caisse et pour la frappe de la caisse claire, ces peaux fixées à leur cercle par haute pression sont de bonne qualité et restituent une sonorité très formatée. J’entends par là que si la batterie sonne tout de suite, avec une cohérence parfaite et un très beau rendu, ces peaux ne permettent pas dix réglages possibles. Ni même trois. En gros, les trois fûts se révèlent avec une longueur de note et une fréquence très équilibrées avec une tension moyenne (frappe et résonance), la petite grosse caisse délivre un bel impact (profondeur de 16” et peau matée obligent) avec la batte enfoncée dans la peau, et la caisse claire de 12x4” donne le meilleur d’elle-même très tendue de partout. Soucieux de pousser le test un peu plus loin, j’ai pris le temps de monter une peau de 12” Remo Ambassador Coated sur le tom médium. Je n’ai pas été déçu du résultat, obtenant une note certes peu puissante, mais chantante et pleine de ressources selon comment et où je tapais, avec quelques harmoniques bien appréciables. De même, j’ai détendu la caisse claire et apposé une pâte Moongel et elle a passé le test sans se ridiculiser. À ce tarif-là, nous étions enchantés du résultat, d’autant que le kit est vendu avec des accessoires.
Des accessoires de qualitéDe belles semelles ajourées pour les pédales, des joints et bagues-mémoire bien étudiés, un acier de qualité et une phrase du dossier de presse qui nous a fait sourire : « Nous n’avons pas sacrifié les doubles embases ! ». Messieurs les concepteurs, les doubles embases ne servent à rien pour les débutants, et il vaut mieux une simple embase bien conçue qu’une double fragile qui ne sert qu’à l’esthétisme de l’ensemble sauf à alourdir nos caisses d’accessoires ! On est tout de même avec un bon compromis avec une pédale de grosse caisse à chaîne simple, légère et solide à la fois, et un pied de charley disposant de cinq positions de réglages du ressort (elle descend plus bas sur cette Jazzette, comme le pied de caisse claire : un bon point pour les jeunes). Sur les deux pieds de cymbale, l’un est droit et l’autre se transforme en perche si besoin.
DrumCraft se présente donc comme une marque préoccupée par l’esthétique, le son et l’écologie, ce qui ne peut faire de mal au marché actuel. La qualité de cette série 4 est indéniable et le prix affiche un rapport hyper intéressant comparé à la concurrence, alors vivement les essais des deux séries supérieures !