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Paiste Alpha Black

Fort d’une belle expérience dans ce domaine et toujours dans la mouvance, Paiste propose sa version « Black » très bien pensée, avec un représentant charismatique à souhait.
Par Laurent Bataille
Batteur Mag n°224

Dans notre numéro qui présentait Joey Jordison en couverture, nous aurions pu vous parler des Paiste Alpha car c’est avec son aide qu’elles ont été mises au point, et avec son image qu’elles sont mises en avant. Et quelle image ! Mais nous n’avions pas encore eu l’occasion de les tester. Or nous mettons toujours un point d’honneur à éprouver une ou deux fois le matériel avant d’émettre un jugement, et nous prenons surtout le temps de le filmer et de l’enregistrer pour à la fois établir la véracité de nos propos et vous laisser le dernier mot, celui du jugement personnel qui détermine au bout du compte un avis objectif correspondant aux goûts de chacun. Je me répète, mais nous sommes très attachés à ces valeurs et franchement, il n’y a pas photo ! En tout cas, c’est notre avis à la rédaction, et même si cela demande deux fois plus de travail, nous continuerons à proposer ce service qui marque désormais notre différence. En particulier lorsque l’on évoque des produits clairement concurrentiels, ce qui est le cas ici, puisqu’il s’agit de cymbales noires qui sont assez à la mode en ce moment. Dans les années 1980, Paiste avait déjà sorti des cymbales colorées et là, c’est avec le batteur masqué que la marque a choisi de communiquer, le Joey affichant nettement son attirance pour le côté dark de la chose. Je ne me lancerai pas dans un délire métaphorique cette fois-ci (les fidèles comprendront), car il y a beaucoup à dire sur le côté cohérent de cette ligne noire qui a été, selon moi, très bien sentie par les concepteurs. Chez Paiste, tout met toujours du temps. Ils ne se décident pas du jour au lendemain à sortir un produit, ou pire encore, toute une gamme, sans avoir fait des tonnes de prototypes (dont certaines merveilles que j’ai eu l’occasion de jouer sur place, à l’usine) et discuté pendant des heures sur le bien-fondé de tel ou tel détail, qu’il s’agisse de caractère sonore, esthétique ou autre. C’est un peu suisse comme attitude, mais cela finit toujours par donner quelque chose d’original et d’abouti. Pour les Alpha Black, on est clairement dans une démarche visuelle, mais j’ai trouvé que le critère fondamental (à savoir le son !) n’avait pas été mis de côté. Et ça, c’est cool. Comme souvent avec la marque helvétique, nous verrons que cela implique un prix, mais on constate vraiment la différence, même si l’on reste dans le genre musclé, cela s’entend.

Plus fin que de la soie
Attaquons d’emblée le point fort de cette série qui n’est autre qu’une déclinaison colorée des Paiste Alpha (créées en 1992) que nous avions déjà bien appréciées dans nos pages. Leur alliage en CuSn8 est communément appelé 2002 Bronze, tout simplement parce qu’il coule dans les sillons des célèbres 2002, une valeur sûre en ce qui nous concerne. Mais les Alpha sont plus modernes en quelque sorte, et un peu plus agressives aussi. Comme je le mentionnais, Paiste maîtrisait déjà la coloration des cymbales, mais c’est à la demande d’une majorité de batteurs qui veulent désormais habiller leur kit d’une tenue de soirée ou pénétrer davantage encore dans la peau du chevalier noir, que les concepteurs ont remis le couvert. Mais pas à n’importe quel prix. Il importait de ne pas trop basculer dans le seul côté esthétique, alors ils ont repris la vieille recette et ont concocté un revêtement assez fin pour qu’il présente un caractère durable sans altérer le son, tout en étant brillant à souhait. Mission accomplie, pour ce que nous avons pu en juger.

Une gamme très complète
Cette série Alpha a été pensée à partir du set de Joey Jordison, celui-là même utilisé lors de la tournée 2008-2009 avec Slipknot. Elle comprend une Metal Ride 20”, trois Rock Crashs de 17”, 18” et 19”, une Rock China 18”, un Hi Hat 14” Sound Edge et une Metal Splash de 10”. Ce qui donne de quoi s’amuser, vous en conviendrez. Vous n’êtes pas obligé d’acheter les six cymbales et le Hi Hat, mais il est certain que lorsque l’on commence à s’équiper en cymbales noires, il peut sembler ensuite un peu bizarre de mélanger. Pensez-y avant, car il en va de la cohésion esthétique et sonore de votre set. En parlant de cohésion, outre le fait que chaque cymbale possède un patronyme Rock ou Metal, nous allons voir que le choix de chaque modèle a vraiment été pensé pour un style bien particulier.

La bonne surprise
En effet, si vous optez pour cette série noire Alpha, il faudra jouer des bras et ne pas donner dans la timidité. Le revêtement noir précise en quelque sorte la note obtenue sur les rides, la chinoise et même sur la splash, mais si fin qu’il soit, il agit également comme un léger filtre sonore qui mate naturellement le métal. La bonne surprise que nous avons eue en testant ces cymbales tient compte de plusieurs paramètres. L’alliage Paiste 2002 Bronze, tout d’abord, est tellement explosif à la base que ces cymbales sonnent quand même sans trop se montrer bridées. L’épaisseur de chaque galette semble également jouer son rôle car les concepteurs n’ont pas forcé la dose de ce côté-là. Bien sûr, il ne s’agit pas de vouloir jouer Jazz ou Fusion sur la ride ou la China, en espérant tirer des nuances ou des crescendo partant de très bas. Mais les crashs sont dotées de véritables longueurs de note après chaque coup, avec une véritable explosion lorsqu’elles sont tapées bien fort sur la tranche. Mis à part pour la ride qui est assez massive, on sent bien le métal vibrer sous les baguettes, ce qui est assez agréable, car sinon, on a vraiment l’impression de heurter un bout d’acier trempé qui ne sonne pas.

Convaincantes
Enfin, le martelage que Paiste met un point d’honneur à fignoler manuellement (même si, pour certaines séries, l’artisan tient la cymbale pour la faire tourner sous un marteau pneumatique, le martelage reste bel et bien aléatoire) revêt également son importance. À mon avis, c’est ce martelage qui donne leur identité finale aux crashs, pour les raisons déjà évoquées, mais aussi à la ride que les amateurs pourront éventuellement crasher ! Outre son énorme et puissante cloche, cette 20” reste à la fois centrée et pourvue d’une note assez longue pour rester musicale. Le Hi Hat a également conquis nos oreilles. Un peu moins martelé mais muni pour le Bottom de la fameuse vague Sound Edge inventée par Paiste, il dégage à la fois de la puissance et un côté gras que l’on assimilera à un peu de chaleur dans ce monde de brutes. Le dessous de chacune de ces 14” est ciselé et de couleur bronze, les concepteurs n’ayant pas jugé utile de noircir une partie invisible. Bien leur en a pris car sur un diamètre de 14”, cela aurait certainement dénaturé le son pour rien. Petite doléance au passage : dommage qu’il n’y ait pas de 15” ! La splash de 10” reste un peu anecdotique, mais elle symbolise également la réussite de cette série. Très martelée, elle servira justement à atteindre les nuances « douces » éventuelles que le batteur voudra marquer, car même s’il faut la taper assez fort, elle envoie une sonorité agréable et équilibrée à l’oreille. La Rock China, en revanche, est un peu une caricature, mais c’est sans doute un choix de la part des concepteurs pour contenter les batteurs qui veulent atteindre un niveau sonore très court et rugissant en utilisant cet outil comme arme ultime lors d’un refrain ou d’une partie bruyante. Personnel­lement, j’ai un peu de mal, mais je ne suis pas une référence en la matière, ne sachant pas vraiment flirter avec ce genre de décibels.
Cette série nous est donc apparue comme une très bonne surprise, car si elle n’échappe pas au battage du marketing, elle frappe par sa cohérence et sa richesse musicale dans le style visé, ce qui n’est pas toujours le cas. Certains pourront regretter une ride 22” ou des Hi Hat de 15”, mais n’oublions pas qu’il s’agit avant tout de la déclinaison du set choisi par Joey Jordison, ce qui peut aussi apporter de la crédibilité dans les salles de répets. Comme je le disais, cette qualité a un prix, mais c’est la différence entre le Canada Dry et le whisky, si l’on peut dire, car si la couleur est la même, la sensation neuronale qui suit la première gorgée (comprenez le premier coup de baguette) n’est pas du tout similaire. Alors à vous de voir, et surtout d’entendre la différence.

 

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