Benny Greb fait partie de cette nouvelle génération de batteurs qui ont assimilé avec une vitesse considérable la leçon de leurs aînés. Alors que la batterie semble avoir atteint un pic en matière de virtuosité technique avec Thomas Lang, Marco Minnemann ou Virgil Donati, Benny Greb affirme sa personnalité différemment, en mettant en valeur le son et le groove.
Par Jean-Baptiste Perraudin
Interview parue dans Batteur Magazine n°206
Benny, peux-tu nous parler de tes débuts ?
Je me souviens que j’ai obtenu mon premier kit dès l’âge de six ans. C’était vraiment un set bon marché, mes parents pensant que ce serait plus un jouet qu’autre chose. À l’âge de douze ans je suis devenu plus sérieux dans ma démarche et j’ai pris des leçons. Je suis né en Bavière, près de Munich et je vis à Hambourg maintenant. De seize à vingt ans j’ai étudié et joué avec des musiciens de Hambourg. Sur Munich, c’était surtout une scène jazz et il n’y avait pas beaucoup de musiciens. J’ai ensuite intégré le groupe Otterpost qui faisait du hip-hop allemand.
Lors de ton solo, j’ai cru sentir une influence venant de Dave Weckl…
J’ai été effectivement influencé par les batteurs jazz et fusion. Mais en fait je passe par des phases d’influences très variées : il y a deux mois j’étais à Istanbul. La musique du Moyen-Orient est très riche aussi. J’ai joué aussi avec un orchestre allemand qui reprenait du Zappa. J’ai participé aussi au Montréal Drum Fest et enchaîné sur deux semaines de clinics au Canada. La seule manière de passer d’un univers à l’autre, de la démo à la musique de Zappa ou au jazz, c’est d’écouter beaucoup de musique. J’ai autant appris de Queen que des Beatles, ou du trio de Keith Jarrett avec Jack DeJohnette. La musique fusion des années 70’ m’a marquée beaucoup également et tout ce qui s’en est suivi avec les deux monstres que sont Dave Weckl et Vinnie Colaiuta. On ne peut développer son style en écoutant que les batteurs de sa génération. Je pense qu’il faut toujours remonter à la source et comprendre comment un Weckl sonne comme ça. Ce qui revient à aller écouter Steve Gadd par exemple. Et en allant vers Gadd, on va aussi vers le latin. Tout cela grossit comme une énorme boule de neige et votre savoir s’enrichit. Ensuite votre personnalité se fait naturellement, car on ne retient pas tout de ce qu’on écoute, mais ce qu’il en reste devient vous. Pour moi, la musique est comme un tableau : le bleu c’est le jazz, le rouge le rock, et pourquoi pas le vert le latin.
Que travailles-tu pour élaborer tes solos lors des masters-class ?
J’essaye de trouver des ostinatos et de développer des phrases par-dessus. C’est pour moi un support pour jouer des mélodies à la batterie. En même temps je dois admettre que je suis en ce moment dans une phase plutôt caisse claire. J’essaye d’améliorer ma technique en suivant les conseils de Scott Atkins un batteur canadien. Je trouve qu’on n’a pas cette culture de la caisse en Allemagne, alors je dois développer ça. La caisse est un des éléments les plus difficiles à maîtriser quand on est derrière la batterie, que ce soit au niveau de la variété de sons et du rebond. Je ne cherche pas cependant à devenir un spécialiste de la caisse claire, c’est surtout pour être plus à l’aise. Une bonne technique vous permet d’être plus fluide et de moins jouer en force. J’étudie aussi les groupes de notes et la polyrythmie en partant de Tony Williams jusqu’à Steve Smith. Steve Smith est très influencé par la musique indienne et c’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup. Il y a une telle richesse dans leur langage ! J’ai un ami qui s’appelle Peter Larckett et il m’enseigne quelques rudiments de tablas. Sinon dans le déroulement d’un master-class, je commence et je finis en général par un play-back. C’est important de replacer par ce moyen la batterie dans un contexte de musique et d’accompagnement. Le fait de participer à un master-class ou à un festival de batterie où plusieurs batteurs viennent jouer les uns après les autres change aussi mon jeu au final.
Tu fais beaucoup de clinics actuellement ?
Oui régulièrement. Hier j’étais à Toulouse et je partageais la scène avec six batteurs : Michaël Schack, Franky Constanza notamment. C’est très motivant de voir d’autres batteurs jouer avant toi, moi cela m’inspire. Cet été, je vais aller faire des démos en Malaisie, Indonésie, Australie, Nouvelle-Zélande et aussi au Canada et à Singapour. C’est certainement la plus grosse tournée de clinics que j’aurais faite jusqu’à maintenant et je pense que les dates en Asie vont beaucoup m’apporter au niveau de l’échange avec une culture différente de la mienne. De toute façon j’envisage toujours les démos comme un moment d’échange, je ne me prends pas trop au sérieux avec ça. La seule chose que je prends au sérieux, c’est la musique elle-même.
Quels conseils donnerais-tu pour développer l’improvisation ?
La difficulté de l’improvisation c’est d’assumer une certaine prise de risque sans tomber dans la perte totale du contrôle du temps, de la métrique ou de la structure d’un morceau. Il faut donc travailler l’improvisation en cadrant les choses pour se sécuriser. Une manière de faire est de jouer deux fois de suite un pattern de deux mesures et de changer la dernière mesure à la troisième fois. Puis changer la première mesure de ce pattern en conservant la nouvelle fin trouvée. On a donc changé une phrase en procédant par deux étapes. On rejoue deux fois la nouvelle phrase et on recommence : changement de la dernière mesure, etc.… Cela fait travailler aussi la mémorisation, ce qui est une bonne manière de se souvenir du vocabulaire qu’on invente. Souvent les batteurs en travaillant trouvent une nouvelle phrase qui leur plaît mais ne s’en souviennent plus la minute d’après. Avec ce procédé, on fixe les idées. Ceci dit rien ne vaut un travail enregistré. C’est vraiment le meilleur moyen de progresser. Quand je ne suis pas derrière la batterie, je travaille mentalement en me chantant des grooves ou des solos de batterie. Je pense que le mental est plus important que le physique. Travailler le mental aide à mieux se concentrer avant un concert ou permet de chasser la nervosité. Avec Jerobeam, quand nous sommes sur la route, nous nous amusons parfois à chanter un morceau en temps réel, comme si nous étions en train de le jouer, en respectant les cycles à la lettre. C’est un très bon exercice également pour la concentration et la mémoire.
Peux-tu nous parler justement de tes groupes ?
Principalement je citerais Jerobeam avec lequel je viens de faire un album. Nous commençons à tourner en Allemagne et en Europe. C’est de la pop avec un son un peu vintage. J’adore ça ! D’ailleurs lors de mes démos, je joue deux morceaux play-backs de cet album. J’ai aussi un projet qui se nomme Bergezimmer avec le guitariste Peter Völpl (qui a d’ailleurs travaillé avec Billy Cobham) et le bassiste Franck Itt. La musique est ici beaucoup plus orientée fusion. Je joue aussi avec le pianiste Sabri Tirpan. Tout cela fait pas mal de projets et dans des univers assez variés. Je crois que j’aime faire pleins de choses à la fois ; je ne me verrais pas m’enfermer dans un style uniquement.
As-tu déjà des albums à ton nom ?
Oui j’ai fait un disque qui s’appelle « Grapefruit » sur lequel j’ai joué toutes les parties, la batterie, la basse, les claviers et je me suis aussi amusé à chanter, parfois pour imiter le son d’autres instruments comme les cuivres. J’ai mis du temps à faire cet album mais je pense que le résultat est intéressant. J’avais aussi essayé dans certains groupes de jouer et chanter en même temps, mais ce n’est vraiment pas facile, surtout pour une question d’énergie. Le fait d’avoir un micro devant toi t’oblige à une grande immobilité au niveau du buste et même en imaginant qu’on te mette un micro casque, tu dois garder ton souffle pour chanter et ne pas t’essouffler en jouant de la batterie, sinon cela fait des bruits parasites dans le micro.
Peux-tu nous décrire ton équipement ?
Je joue sur les batteries Sonor Delite ou SQ2 Beech Vintage Shell. J’ai que les fûts aient des plis très fins. Ma grosse caisse est une 22x17,5 ou 18” de profondeur, les toms des 10x8, 14x14, 16x16” et j’ai deux caisses claires, une de 13x6,5 et une autre à gauche de 12x5. J’utilise les cymbales et les percussions Meinl : une paire de bongos, un mini-timbales, une cloche au pied. Pour les cymbales, j’ai collaboré avec la marque pour la Jazz Series. J’ai deux crashs de 18”, une ride de 20”, un charley de 8 et un de 14”, une china et un Trash Hat X Generation Benny Greb Signature de 12/14”. J’ai aussi un modèle de baguette à mon nom chez Promark. C’est un 5B un peu renforcé avec une meilleure balance ce qui permet un jeu plus en nuance. Avec ce nouvel équilibre, le poids est moins à l’avant et donc la baguette tombe plus doucement. L’olive est super et permet un son bien rond sur les cymbales. Je suis vraiment ravi de mon matériel.
Benny Greb sur le Web :
www.bennygreb.com