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Damien Schmitt: bouillant!

Attention, voilà un jeune batteur qu’il va falloir suivre de près et qui a déjà à son actif de nombreux groupes et tournées. Il a entre autres accompagné Georges-Alain (ex-Star-Académicien), Yannick Noah, Hadrien Féraud, Sixun et bien d’autres. Portrait d’un grooveur virtuose aux facilités déconcertantes.
Par Jean-Baptiste Perraudin
Interview parue dans Batteur Magazine n°204

Damien, comment as-tu commencé la batterie ?
J’ai commencé tout petit, grâce à mon père qui était batteur, et amateur de Billy Cobham ! Ma mère, elle, jouait du piano. Je suis né à Saint-Nazaire, et j’ai pris mes premiers cours à Nantes, chez Franck Giraudeau. Je devais avoir 10 ans. J’y ai appris les bases de la lecture. Après la classe de troisième, j’ai arrêté l’école. Ensuite, j’ai pris des cours chez un super prof qui s’appelle Hervé Porchet. Il m’a fait travailler tous les styles : du jazz, du cubain, de l’afro, du metal, vraiment de tout. Puis, j’ai fait plein de groupes sur la région pour du bal, des thés dansants. J’avais aussi des groupes de funk, de metal.

Tu t’es donc mis à la double ?

Non, absolument pas. Je n’ai jamais été attiré par la double, je voulais toujours exploiter au mieux le pied droit (ndj : le résultat est là !). Dennis Chambers m’avait même donné sa double pédale après que je l’ai rencontré lors d’un stage, mais je ne m’en suis jamais vraiment servi.

Raconte-nous cette rencontre avec Dennis Chambers !
C’était en 1992, au stage d’Aiguillon organisé par l’école du CIM. Un très grand souvenir. Parmi les stagiaires, il y avait un certain Franck Bossard qui n'était venu que pour Chambers. Comme je n’avais que 11 ans, il m’avait pris un peu sous son aile. En revanche, Chambers, je ne savais absolument pas qui c’était avant le stage ! Et en plus, il était là avec Bireli Lagrène et Dominique di Piazza, le groupe Front Page. Le stage organisait des bœufs, et Franck a demandé à Chambers de venir y participer. C’était au tout début de la semaine. Chambers a accepté et il a joué ; ça a mis tout le monde par terre. Et sur ce, Franck vient vers moi et me dit : « Vas-y, tu prends la batterie derrière ! ». Il voulait que je joue juste après Chambers ! Et moi, du haut de mes 11 ans, complètement inconscient, j’y suis allé (rires). Et me voilà en train de jouer tandis que Franck attirait l’attention de Chambers pour qu’il reste m’écouter. Ensuite, on a passé le reste de la semaine avec lui. Il a fait deux master-classes, on a assisté aux balances et au concert de Front Page. J’ai même fait le bœuf avec di Piazza et Lagrène. C’était super. À la fin du stage, Chambers a démonté sa pédale, est descendu de scène et me l’a apportée. Je croyais qu’il voulait que je la teste. J’étais gêné, et je voulais lui rendre. Et là Chambers m’a dit : « No, it’s for you » (non, c’est pour toi) ! Je m’en souviendrais toute ma vie. Je suis rentré chez moi et, pendant deux mois, je n’ai rien fait d’autre que de la batterie. Je crois que je n’ai jamais autant joué de ma vie. Je voulais tout simplement être Dennis Chambers ! Bien sûr, c’était là encore une réaction d’enfant, mais au moins ça m’a permis d’avancer.

Quels sont les autres batteurs qui t’ont influencé ?

Buddy Rich, Tony Williams. Ils ont la rage ! Paco Sery, c’est pareil, tu as l’impression qu’il va casser la batterie. Vinnie Colaiuta aussi !

 

Je souhaiterais revenir sur la façon dont tu te sers du pied droit car tu es arrivé à une vitesse stupéfiante. Qu’est-ce que tu as bossé pour ça ?
En fait, je n’ai pas fait d’exercice particulier, c’est plutôt grâce à l’expérience avec tous les groupes avec lesquels je jouais. Il y a des plans qui viennent en jouant, comme construire des grooves avec les moulins en jouant la partie de la main droite au pied. Ensuite, tu brodes autour de ça, et cela donne plein de phrases qui, une fois accélérées, font penser à des enchaînements de double grosse caisse mais n’en sont pas.

Est-ce que tu as bossé l’adaptation du roulé mais avec deux coups main droite auxquels répondent deux coups pied droit ?

Oui, bien sûr, parce que ce sont des choses que j’ai vu faire par Dennis Chambers. Mais tu sais, je dois t’avouer que je ne suis pas un acharné de travail à la batterie. En fait, j’ai toujours voulu être chanteur. Mon truc, c’est de bosser la guitare, la basse, de composer. La batterie, je la joue dans des groupes et ça se fait comme ça.

C’est incroyable ce que tu nous dis là ! Et même encore maintenant, c’est le chant qui te plaît le plus ?
Oh oui ! Mon but, c’est de faire le guitare-héros en chantant mes chansons. (rires). Et si un jour j’ai l’occasion de le faire, je suis prêt à ranger la batterie dans ses cartons ! Mais bon, pour revenir à la grosse caisse, mon père avait mis l’accent sur cet aspect en me faisant jouer des grooves latins, des sambas et ce genre de choses. Il était très fort là-dedans. Ensuite, j’ai fait aussi de la jungle, et là le pied droit est très important. On s’amusait à jouer tout très vite parce que ça faisait rire les musiciens du groupe. Et comme ça les faisait rire, forcément, j’allais toujours plus vite ! J’ai eu une phase où j’ai beaucoup écouté Gene Lake avec Steve Coleman, toute la période des enregistrements live au Hot Brass. Il y a des morceaux très rapides là-dedans. Je me suis amusé à rejouer tous ces grooves. Bien sûr, je déconseille de commencer par vouloir jouer vite, même si je l’ai fait. Il faut groover avant tout. J’ai mis du temps à comprendre ça, ça ne fait pas plus de deux ans en réalité. Dennis Chambers possède vraiment les deux aspects. Quand tu regardes ses vidéos, ça groove, mais quand il faut envoyer la sauce, ça fait mal.

Avec qui joues-tu en ce moment ?

J’ai travaillé avec Dood, un groupe de funk. Je suis sur le disque et dans le groupe du bassiste Hadrien Féraud (ndj : qui joue sur le dernier album de John Mc Laughlin « Industrial Zen »). John Grancamp, Mokhtar Samba et moi nous partageons les titres de l’album. J’adore jouer avec lui, il n’y a aucune limite ! Je viens de faire quelques concerts avec Sixun car Paco Sery joue actuellement avec Joe Zawinul. Lors des premiers concerts en Algérie, j’avais une pression énorme, mais le public m’a bien accueilli. J’ai également enregistré un disque avec Eric Le Lann et Jannick Top (l’album vient juste de sortir chez Nocturne, ndj). Lionel Louéké était à la guitare. On s’est très bien entendu avec Jannick, et je viens de faire son prochain projet qui est dans l’esprit Magma. C’est une grande pièce de plus d’une heure dans laquelle Christian Vander intervient à la fin. Je joue également avec le groupe Zap Mama, et il y a là aussi un album qui va sortir sur lequel j’ai joué avec Me’Shell N’Dégéocéllo sur un titre. La tournée qui suit à partir de juillet va nous emmener aux États-Unis.

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