KEVIN FIGUEIREDO

Kevin Figueiredo

FIGUEIREDO PORTRAIT

Rarement cité en exemple, Kevin Figueiredo n’est certes pas le batteur le plus technique de la planète, mais un vrai technicien du groove, imparable, subtile et fiable. Place au champion du backbeat, qui nous a accueillis avec sa gentillesse habituelle…

 

Peux-tu parler de ton parcours ?
Au début, je me débrouillais seul, essayant de reproduire mes chansons préférées. Puis j’ai pris quelques cours avec un grand jazzman de la région de Boston, Bob Gulloti. Et très récemment, j’ai repris mon apprentissage, considérant qu’il ne faut jamais cesser d’apprendre, même lorsqu’on est expérimenté. Professionnellement, je n’évoluais qu’au niveau local, jusqu’à ce que j’intègre le groupe solo de Nuno (Bettencourt) en 2003. Puis j’ai enchaîné avec Satellite Part (en 2005, avec Nuno et Perry Farrell, de Janes Addiction). Et c’est naturellement que j’ai rejoint Extreme en 2007, sans avoir auditionné, après avoir fait mes preuves avec Nuno.

Est-il nécessaire de maîtriser le funk pour jouer dans Extreme ?
Je pense que oui. Cela ne m’a posé aucun problème, puisque je suis un grand fan de David Garibaldi, de Tower Of Power, et de John Bonham, que je considère que comme mon maître à penser. Il y avait beaucoup de swing dans Led Zeppelin. J’ai été à l’aise dans Extreme dès le premier jour. Il faut dire que je suis le plus jeune de la bande et que leurs CD ont longtemps tourné sur ma platine.

Les gars t’ont-ils contraint à jouer les morceaux conformément aux originaux ?
Non, ils m’ont donné carte blanche, afin que je puisse exprimer sans crainte ma personnalité. C’est pourquoi, dès le début, je me suis senti comme un membre à part entière. Mais ne vous méprenez pas. Les tubes existent depuis vingt-cinq ans. Les chansons doivent être respectées au niveau du groove. Les modifications que j’apporte ne sont que des détails.

Le groove de ton prédécesseur, Paul Geary, a-t-il été difficile à piger ?
Non, dans le sens où nous venons de la même école. Lui et moi sommes des musiciens avant d’être des batteurs, à l’écoute des autres, n’aimant pas les démonstrations gratuites et privilégiant le backbeat.

Le jeu de Paul était considéré comme simpliste…
Mais ce n’est pas le cas. Il est bourré de nuances. Prends l’exemple de Phil Rudd, qui se fait railler par bon nombre de batteurs prétendant que ce qu’il fait est simple. Bon sang, mais ouvrez les yeux ! Les grooves de Phil sont très difficiles à reproduire. J’ai des amis qui maîtrisent à merveille le jazz fusion, mais qui me disent continuellement qu’ils ne pourraient pas jouer ce que joue. Méfiez-vous de la simplicité, elle n’est souvent qu’apparente…

Es-tu aussi un adepte du disco, auquel tu dois te frotter dans Get The Funk Out ?
Oui, j’adore ce type de rythme. Comme tu peux t’en douter, je suis d’origine portugaise,  et la musique de mon pays fait la part belle aux contretemps. Cela fait partie de mes racines.

Sur scène, on ne peut pas dire que tu te ménages. Tu transpires énormément et restes très concentré. Quel est ton état d’esprit dans ces moments-là ?
La scène, c’est avant tout la concentration. Je ne fais jamais attention au public. Les morceaux, je les connais. Ce n’est donc pas l’aspect qui m’accapare le plus. En revanche, je fais attention à mes camarades, à leurs moindres faits et gestes. Le live, c’est un one shot. On n’a pas droit à l’erreur. C’est pourquoi je reste aguerri. D’ailleurs, je n’ai que très peu de batterie dans mes moniteurs, un peu de grosse caisse et de toms, tout au plus. Je préfère avoir de la guitare et surtout les trois lignes vocales.

Le groupe a sorti en 2016 l’intégrale en live de “Pornograffitti” pour le vingt-cinquième anniversaire de l’album. Comment t’es-tu préparé pour l’évènement, sachant que tu étais enregistré ?
Je suis monté sur scène et j’ai joué, comme pour un show habituel. De nos jours, tout le monde filme les concerts avec son smartphone et les uploade sur Youtube dans la foulée. Je ne prête plus attention à l’aspect « enregistrement ».

Acceptes-tu qu’on publie des live de toi présentant quelques erreurs ?
Oui. Si tu écoutes “Saudades De Rock” (2008), tu  trouveras de petites imperfections. Nous ne sommes pas des machines. C’est même rassurant de trouver des erreurs dans un live. Cela prouve qu’on est humain et qu’on joue vraiment.

Prends-tu soin de toi ?
Pas vraiment. Je n’abuse pas de la bière, j’évite la junk food et les aliments transformés, mais je suis un grand fumeur. J’essaye de faire attention, car mon style est très physique. Mais je suis loin d’être exemplaire !

Le son de ton bassiste Pat Badger est toujours aussi étonnant, car très saturé, proche des textures qu’on peut entendre dans le death metal. As-tu été surpris par son choix ?
Non, car Extreme n’a qu’un seul guitariste. Techniquement, c’est un trio. Pat doit donc avoir plus de présence.

Comment fonctionnes-tu avec lui ?
Nous n’avons jamais rien établi de formel. Dès le départ, nous nous sommes parfaitement entendus. On peut vraiment parler de magie. Mon premier concert avec Extreme était pour une œuvre de charité à New York, donné à l’arrache, sans répétition. Je n’avais alors jamais rencontré Pat. Ce dernier a débarqué à l’aéroport au dernier moment et a rejoint la salle quelques minutes avant le show. Notre rencontre donnait à peu près ceci : “- Hey salut, je suis Pat ! Tu es Kev n’est-ce pas ? – Oui. – Bon ben on y va ? – OK ! “ Et sans aucune préparation, nos jeux se complétaient à merveille. Jamais je n’avais connu une telle osmose avec un bassiste.

Extreme t’occupe-t-il à plein temps ?
Non, car nous ne passons pas notre vie sur la route. Et puis Nuno est très occupé avec les concerts de Rihanna. De mon côté, je continue à jouer dans des groupes du Massachussetts, je donne des cours, je fais des sessions, j’ai mon propre studio, et je fais partie du groupe de reprises des Eagles monté par Pat. Comme tu le vois, je ne suis pas différent des autres musiciens, qui doivent jongler avec plusieurs activités pour vivre !

Quelles sortes de sessions assures-tu ?
Je sais jouer dans tous les styles, rock, pop, jazz, latin, metal… Par contre, je ne suis pas à même d’assurer en double grosse caisse. Ce n’est pas mon truc.

Boston est-elle une ville où il fait bon être musicien ?
Ce fut le cas à la fin des années 80 et au début des années 90. Il y avait de nombreux bars et clubs, mais ils ont pratiquement tous fermé. Le phénomène est général. Depuis internet, les gens se déplacent moins pour voir la musique live. Certes, voir un show sur Youtube ne procure pas les mêmes sensations que le vrai live, mais il semblerait que les gens s’en contentent…

Le hit mondial d’Extreme est More Than Words, qui ne contient aucune partie de batterie. N’est-ce pas frustrant ?
(Rires) Non, car cette chanson signifie beaucoup pour les fans et doit rester telle qu’elle a été conçue entre Nuno et Gary. À aucun moment je n’ai pensé à y ajouter quoi que ce soit, même un tambourin. Lorsque je jouais ce titre dans le cadre de Drama Gods, avec Nuno au chant, nous avions procédé à un relifiting, dans un style hip hop. Mais dans le cadre d’Extreme, il aurait été malvenu de faire de même.

Te souviens-tu de leur hommage à Freddy Mercury en 1992 ?
Oh oui ! Quel moment ! J’aurais bien aimé tenir les baguettes à ce moment-là. Queen a exercé une énorme influence sur eux.

Le groupe a splitté en 1996. Penses-tu qu’il ait été victime du phénomène grunge ?
Peut-être que cela a joué dans la balance, mais la raison principale est une grande fatigue suite à des années de tournées intensives, sans aucune pause. Ils ont enduré le cycle infernal albums/tournées et ont fini sur les rotules. Aujourd’hui, ils ne tiennent pas à réitérer les erreurs du passé. Cela dit, attendez-vous à un nouvel album dans le courant de l’année… •

Je sais jouer dans tous les styles, rock, pop, jazz, latin, metal… Par contre, je ne suis pas à même d’assurer en double grosse caisse. Ce n’est pas mon truc.

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