PHIL COLLINS, L’AUTOBIOGRAPHIE

cover-collinsPhil Collins, l’autobiographie
Not Dead Yet, chez Michel Lafon
Voici donc l’autobiographie, après la réédition complète et augmentée de ses albums, du batteur qui a probablement le mieux réussi dans le monde du show business, et a contribué à changer durablement le son de l’instrument dans la musique. Petit événement ! Tout d’abord, explication du titre, « Pas Encore Mort » : il ne révèle sa signification qu’à la toute fin du livre. Collins est en effet tombé à partir de 2006 dans un alcoolisme aggravé, qui a vraiment failli lui coûter la vie. Ce qui explique pourquoi le musicien a autant changé, physiquement, entre sa dernière apparition sur scène avec Genesis en 2007 et aujourd’hui. C’est l’aveu final, très détaillé et effrayant, d’un livre vraiment intéressant, même pour les fans qui ont déjà beaucoup lu à propos de leur idole et connaissent le documentaire de la BBC “A Life Less Ordinary” diffusé en 2002, le documentaire de l’excellente série Classic Albums sur l’enregistrement de “Face Value” sorti en 1999, le livre “Genesis : Toute l’aventure”, etc.
Mais commençons par les aspects négatifs du bouquin. D’abord la traduction, qui comporte quelques énormités. « En 1966, quand je forme le Phil Collins Big Band… », alors que c’est en 1996 ! Ou « juste avant la diffusion par la BBC de Together and Apart le 4 octobre 2014… », alors que le documentaire en question a pour titre Sum of the Parts. Le traducteur semble également croire que « on » constitue la première personne du pluriel, ce qui finit pas être très lourd. Et puis Phil Collins, même s’il les mérite amplement, ne rate pas une occasion de rappeler les bonnes places de ses singles dans les charts et les nombreuses récompenses qu’il a reçues. Même s’il compense en disant clairement que certains de ses albums se sont plantés, ça finit par être également un peu lourd. Le musicien accorde également beaucoup de place à ses histoires d’amour, désirant de toute évidence remettre les pendule à l’heure face à la presse britannique, qui l’a éreinté pendant des années à l’occasion de ses trois divorces. Certes, toutes ses chansons, à commencer par la plus fameuse, In The Air Tonight, lui ont été inspirées par ses relations avec les femmes, mais le récit détaillé de son coup de foudre pour Orianne, la mère de ses deux derniers enfants, aurait gagné à être élagué.
Mais ce ne sont que quelques passages d’un opus de 422 pages, récit d’une vie très remplie avec Genesis, en solo et auprès des plus grands artistes de la planète, qu’il reste apparemment stupéfait d’avoir pu côtoyer (il demande par exemple un autographe à Tony Bennett, alors qu’il travaille avec lui au sein de son big band !). Collins décrit avec beaucoup d’humour sa présence sur le tournage de A Hard Day’s Night des Beatles, comment il s’est retrouvé à jouer des percussions aux côtés de Ringo Star durant l’enregistrement de All Things Must Pass de George Harrison, avant de disparaître dans le mix. Son premier concert en tant que chanteur lead dans Genesis, à 24 ans, est également très bien raconté, et retranscrit bien l’embarras du batteur, habitué du fond de scène et caché derrière ses toms et cymbales (et Collins avait fini par se construire une véritable forteresse avec le temps), se retrouvant au premier plan derrière un maigre pied de micro. Son récit du Live Aid, en juillet 1985, est également étonnant. Pour mémoire, Collins avait été le seul artiste à jouer lors des deux concerts, à Londres et à Philadelphie, grâce au décalage horaire et à la vitesse supersonique du Concorde. Ce qui semblait pour le commun des mortels un véritable triomphe a en fait été ressenti par l’intéressé comme une journée noire, pour de nombreuses raisons tout à fait justifiées, et qu’on découvre avec étonnement.
Il est en tout cas clair, tout au long du livre, que Collins n’a jamais cessé de se considérer comme un batteur. Certes, il ne rentre pas dans le détail de son matériel au travers des années, un point de vue qui aurait pourtant été très intéressant. Mais, en plus du récit de ses débuts sur l’instrument et de son acharnement à trouver le bon groupe pour gagner sa vie, il consacre une grosse partie du chapitre 19 à ses considérations sur sa position au sein des différents groupes, à ses souffrances dues à ses ampoules à répétition (on se croirait dans Whiplash !) et à son mépris quasi total pour sa santé afin que le show continue, qui a mené à ses énormes problèmes de santé de ces dernières années, indépendants de l’alcool.
Voilà donc un ouvrage tout à fait recommandable, qui oscille bizarrement entre autosatisfaction (parfois) et modestie (le plus souvent), contient peu de petits détails croustillants sur la vie des stars, mais beaucoup d’informations sur la vie de musicien anglais dans les années 1960 et 1970 (ensuite, il est passé sur une autre planète), et retrace le parcours d’un musicien unique qui a vraiment tout donné pour la musique, au point d’y laisser sa santé et de détruire ses nombreuses vies de couple.

Philippe Istria

Avec Peter Gabriel à la Una Billings School of Danse à Londres, pendant l’enregistrement de “Selling England by the Pound“.
Le Prince Charles derrière un kit lors d’une soirée de gala.
Le Prince Charles derrière un kit lors d’une soirée de gala.

 

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