RAPHAËL CHASSIN

Raphaël Chassin

© Marc Rouvé
© Marc Rouvé

Interview publiée en juillet 2011 – Batteur Magazine n° 249

A la fois tout terrain et hyper stylé
Très présent sur la scène pop rock actuelle, avec des collaborations récentes aux côtés de Vanessa Paradis, Tété ou Julien Doré, Raphaël Chassin incarne une relève qui n’a pas peur d’aborder la batterie différemment, avec notamment un goût prononcé du son et du matos vintage.

Raphaël, peux-tu nous brosser rapidement tes débuts en tant que batteur ?
J’ai d’abord commencé le piano vers sept ans et j’ai eu une révélation en découvrant la batterie à 13 ans, en tapant tout seul dans un premier temps, puis en suivant des cours intensifs assez rapidement avec Didier Brunet, un excellent prof basé à Nevers. Chez lui, j’ai eu l’occasion de voir Umberto Pagnini ou André Ceccarelli qu’il avait fait venir à l’époque où ils évoluaient dans le réseau Sonor. Parallèlement, je répétais déjà un petit peu avec des groupes de rock et au bout de six mois, j’avais déjà envie d’en faire mon métier. Après deux années, j’ai commencé à faire des allers-retours à Paris pour suivre les cours de Guy Lefèvre, Emmanuel Boursault et Georges Paczynski, ce dernier demandant aux élèves de sa nouvelle classe de jazz de savoir lire la musique et de jouer un peu de piano.

Tu jouais du rock mais tu écoutais déjà du jazz ?
Pour moi, c’était un peu le Graal à atteindre lorsque j’étais ado. Mes parents tenaient une boite de nuit où ils passaient du jazz, mais aussi beaucoup de rock. Chez nous, il y avait un Chick Corea avec Miroslav Vitous et Roy Haynes et j’ai aussi trouvé mon compte en écoutant » Four and More » de Miles ou des trucs avec Elvin Jones. Comme j’adorais John Bonham et Keith Moon, il me fallait un peu d’énergie ! J’ai aussi découvert Max Roach et Art Blakey (juste avant sa mort) à Nevers, alors que j’écoutais Metallica ou Police en parallèle (rires). Me tourner vers le jazz était aussi peut-être un crédit que je voulais valider auprès de mes parents. Ensuite, à l’âge de 15-16 ans, j’ai fait une année d’études par correspondance au CNED, pour passer mon bac à la maison, mais je ne l’ai pas finie car je continuais la batterie à fond.

Ce qui explique que tu aies eu un bon niveau assez tôt sur l’instrument…
Oui, c’est vrai, même si j’avais très envie d’aller étudier aux Etats-Unis pour me perfectionner, mais l’histoire a voulu que je reste en France. Alors pour complémenter la technique que j’apprenais avec les profs, notamment en suivant aussi des cours avec Daniel Pichon, j’ai beaucoup bossé le tempo en jouant avec les disques. Par la suite, j’ai suivi les conseils de Dédé (qui préconisait de travailler à 50 à la noire pour sentir l’espace entre deux noires !), ceux de Loïc Pontieux et ceux de Claude Gastaldin qui m’ont également passé de bons tuyaux. Loïc et Claude m’ont par ailleurs donné confiance en moi, ce qui n’est pas rien. Et puis Nevers est une ville assez rock, indé, avec pas mal de groupes dont les Tambours du Bronx, et c’est là que j’ai découvert la musique Africaine.

Reprendre le chemin du rock a été un déclic pour moi. Le son vintage avec peaux Ambassador ou Fiberskin et le rock à la Bonham se rapprochait plus de ce que j’avais entendu étant gamin.

J’ai vu sur une photo que tu peux utiliser un djembé dans ton kit…
Oui, avec un shaker et une baguette, ou un balai de sorcière que je fais moi-même d’ailleurs, mais je n’ai aucune technique de mains sur ce genre d’instruments.

Quel parcours as-tu suivi par la suite lorsque tu es monté à Paris ?
J’ai débarqué à Paris fin 1997 dans l’idée d’habiter ici et de voir un peu ce qu’il se passait dans les clubs. Après avoir donné quelques cours à Nevers, j’avais des sous de côté alors j’ai profité de mon temps pour faire des bœufs et des sessions. J’ai eu des locaux aux quatre coins de Paris, et je rencontrais des gens comme le pianiste Cheick Tidiane Seck qui jouait avec Salif Keita. Les 6/8 avaient déjà été une révélation lorsque j’étais à Nevers et là je voyais Mokhtar Samba et Paco Sery jouer! Il s’est trouvé que le batteur de Cheick ne pouvait pas faire une tournée, alors après 2 mois à Paris, j’ai assuré 15 dates déclarées avec un tourneur et tout ce qui s’en suit. Notre collaboration a duré 1 an ½ et comme il connaissait les rythmes traditionnels du Mali cela m’a beaucoup apporté. Parallèlement, je disais oui à tout pour des plans de blues, de funk, de reggae, et en 1998 lorsque Salif Keita a cherché un batteur, je me suis trouvé 1er sur les rangs (Mokhtar et David Fall ayant déjà eu le plan), pour deux ans de tournée en 1998. C’était le chanteur Africain avec lequel je rêvais de jouer et je n’ai même pas eu à bosser les morceaux car je les connaissais déjà sur disque.

A cette époque, tu jouais quel style de matos ?
J’avais une batterie fusion de base et je n’étais pas du tout dans la recherche du son. C’était de la batterie, avec des patterns. Il y avait déjà Albin De La Simone avec lequel je joue encore aujourd’hui. J’espérais devenir le Moktar Neversois (rires) et j’ai continué dans la world en remplaçant Julien Tekeyan avec Khaled, ou le batteur de Sergent Garcia et j’en ai eu un peu marre. Je voyais bien, comme lorsque je jouais avec Etienne M’ Bappé, ou que je faisais une jam avec Richard Bona, que j’avais une pression de tous les diables. Je ne me sentais plus d’aller dans leur cour et je me disais que je n’arriverais jamais à jouer comme eux. J’avais l’impression de payer ma dette à chaque fois, alors j’ai essayé de trouver quelque chose qui me corresponde mieux.

Qui te soit plus naturel tu veux dire ?
Oui, exactement. Par hasard, vers début 2000, alors que je venais d’acquérir une vieille Rogers 24’’, 12’’, 13’’, 16’’ (payée 1500 francs !) je me suis mis à refaire du rock et j’ai compris que cette musique me correspondait plus, avec moins d’efforts à fournir. J’avais réalisé le rêve de monter à Paris, de jouer avec Salif et rempli deux passeports en ayant fait le tour du monde. Je ressentais en quelque sorte une satisfaction professionnelle, mais reprendre le chemin du rock a été un déclic pour moi. Le son vintage avec peaux Ambassador ou Fiberskin et le rock à la Bonham se rapprochait plus de ce que j’avais entendu étant gamin. Mon père est musicien et il y avait toujours une batterie qui traînait à la maison. En parallèle, je connaissais Joe Hammer qui partageait les faces de disques avec Pierre Alain Dahan entre 1975 et 85, et il m’avait donné une caisse claire WFL 14×5,5’’ de 1961 que je joue toujours. Dans la pop, même si je ne joue pas comme un batteur qui n’aurait écouté que Joy Division, j’ai eu tout à coup l’impression de ne pas avoir un rôle à jouer et je me suis mis à développer quelque chose.

© Marc Rouvé
© Marc Rouvé

Comment définirais-tu ton approche ?
Je ne sais pas trop. J’aime bien les trucs un peu sales que j’ai gardé de l’écoute des albums de Joe Cocker ou d’Aretha Franklin. Dans « Mad Dogs and Englishmen » de Cocker, j’adorais les parties de batterie de Jim Keltner et Jim Gordon. Keltner, avec ses grosses lunettes, je l’ai découvert dès l’âge de 13 ans. Mes parents étant fans des Beatles, je savais que c’était lui qui jouait avec Harrison dans le concert pour le Bangladesh. Dans leur boite de nuit, il pouvaient passer du blues, du reggae, un vieux Dutronc ou Light My Fire des Doors et les gens tripaient. Alors tout ça m’a forcément marqué !

Cette culture du son t’est donc revenue naturellement.
Complètement! Mes batteurs préférés étant Ringo Starr, Jim Keltner, les vieux, mais aussi Brian Blade que j’ai vu plein de fois en concert, sans oublier Art Blakey ou Elvin Jones, même si je ne joue comme aucun de tous ceux-là (rires). J’aimais bien aussi le côté « Mupetts Show » de Keith Moon…

Et aujourd’hui, avec toutes ces influences, on t’appelle pour faire quoi ?
Des trucs très différents. De la tournée avec Vanessa Paradis où je ne joue presque pas de batterie à des trucs très rock, en passant par le répertoire de Tété qui adore les groove plus chaloupés. J’ai rejoué avec le pianiste Albin de la Simone, des trucs très moelleux et softs, et lors d’un concert chez un particulier, j’ai pris une batterie minimaliste et ça a été le début d’une approche où je jouais tout un tas de percus et d’accessoires faits maison en recherchant une couleur musicale. Je me suis retrouvé à partager la scène avec des musiciens qui aiment les mêmes trucs que moi et on a cherché cette couleur. Quitte à taper sur des casseroles, des bouts de journaux, des shakers improvisés, voire même un meuble Ikea en métal ou un top de charley sur un pied de caisse claire comme je le fais sur scène avec Tété. Alors bien sûr, il faut un ingé son qui joue le jeu, ce qui est le cas avec Jean Tabuy, grand fan des Beatles et de Bonham, qui adore reporter en façade ce qu’il entend sur scène. En résidence, je me prends la tête en changeant les peaux pour chercher le meilleur son avec lui.

Avec qui d’autre as-tu joué ?
Avec Pauline Croze une chanteuse qui a vendu pas mal de disques et avec laquelle j’ai enchaîné environ 150 dates. Avec Nouvelle Vague également (un groupe qui reprend des chansons New Wave ou de Post Punk en bossa dans un style lounge), avec lequel j’ai fait une ou deux Cigale, un Olympia, un Grand Rex et plus de 150 dates en France et à l’étranger, dans des salles de 1 000 à 3 000 places. J’ai aussi fait des séances et des dates pour l’album « Imbécile » (Philippe Katerine, Barbara Carlotti, Helena Noguerra et JP Nataf). Je ne suis pas un drummer qui pousse naturellement pour tout le temps penser le tempo devant, et je me suis éclaté musicalement à jouer tous ces trucs assez cool qui correspondent à mon tempérament, pas trop énervé finalement.

© Marc Rouvé
© Marc Rouvé

A part le matos vintage, tu joues quoi ?
Sans avoir jamais vraiment démarché les importateurs, je viens d’être endorsé par Ludwig et Meinl. Pour la batterie, je vais sans doute avoir une Ringo avec plusieurs grosses caisses, pour varier selon les styles que je joue. A l’époque où je donnais quelque cours dans le réseau Sonor, je jouais beaucoup Sonor et j’ai aussi été tenté par Yamaha, mais Ludwig me convient parfaitement. Côté cymbales, j’ai pris des Byzance Meinl avec des grandes tailles, comme les crashs de 16’’ ou 18’’ que j’utilise en charley avec Tété pour une attaque assez fine au bout du compte. Pour moi, tout est possible ! Prends le batteur de Wilco qui a des idées géniales, comme installer des ressorts dans sa caisse claire… Lorsque je joue une rythmique un peu bateau avec mon stand Ikea, d’un seul coup j’obtiens un son auquel on n’est pas habitué. Idem lorsque j’emploi des maracas, des shakers ou lorsque j’empile des cymbales, même si tout cela n’est pas vraiment nouveau.

Depuis 2011, qu’est-ce que tu as fait et qu’est-ce qui s’annonce ?
Après avoir fait de belles salles avec Vanessa à Londres, Los Angeles et à New York, j’ai pas mal joué avec Tété et nous avons quelques concerts jusqu’à fin juillet. J’ai enregistré avec Hugh Coltman, un chanteur anglais fan de Mc Cartney et de Jim Keltner, puis avec Jali un jeune chanteur qui vient de signer chez Barclay. Je vais assurer quelques séances de studio cet été et je viens juste de commencer à jouer avec Julien Doré, un répertoire sympa qui marche tout seul, pour des dates en mai et juin sous la bannière Ricard. Il y aura un Taratata le 21 juin et la tournée commencera à la rentrée avec deux jours à l’Olympia fin octobre.•


• Né en 1974 à Nevers
• Fils unique, commence la musique à 7 ans
• Ecole Agostini : Didier Brunet
• Marques : Ludwig, Meinl
• Artistes : Nouvelle Vague, Vanessa Paradis, Tété, Julien Doré


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